La bonne pratique de la photo

Article Invité, La photo en plongée sous-marine par Sylvain Billet

Un premier article invité sur le blog. Pour cela j'ai fait appel à Sylvain Billet, un ami passionné de photo et plus particulièrement de la photo animalière.

Il est aussi passionné de plongée sous-marine et bien entendu il a jumelé ces deux passions. Je lui ai donc demandé s'il pouvait partager son retour d'expérience dans le domaine de la photo en plongée sous-marine en faisant un article.

Le photographe

Peux-tu te présenter pour les lecteurs ainsi que ta passion ?

autoportrait

Crédit photo - Sylvain Billet

Si la plongée était d'abord une discipline pour les militaires, elle est maintenant devenue une activité de loisir. En tant que plongeur de niveau 4 (guide de palanquée), j'ai découvert un monde différent de celui que je connaissais en tant que chasseur sous-marin. La bouteille, en prolongeant la durée d'immersion, nous apporte la possibilité d'observer beaucoup plus facilement la vie qui fourmille dans les mers.

Je suis photographe depuis une quinzaine d'années, en argentique puis en numérique. C'est l'envie de prendre en photo les animaux sauvages qui m'a poussé à regarder au travers d'un objectif. Quand mon niveau de plongée me l'a permis, la question de prendre des photos sous-marines s'est naturellement posé a moi. Si la photographie sur terre est accessible au plus grand nombre, elle impose beaucoup plus de contraintes en milieu aquatique. Après réflexion, j'ai décidé de franchir le pas et d'immerger mon reflex.

La technique photo en plongée

Est-ce que tu conseille de posséder un niveau minimum pour faire de la photo de plongée en toute sécurité ?

Si sur terre tous le monde peut s'adonner a la photographie, en plongée, il faut d'abord être capable de l'immerger en toute sécurité. Si il n'y a pas légalement de niveau minimum pour faire de la photo sous-marine, il est néanmoins nécessaire d'obtenir une certaine maîtrise de la plongée. Car pour évoluer, le plongeur doit être capable de gérer son matériel, sa consommation d'air, sa profondeur, son temps de plongée, sa stabilité, son binôme tout en profitant du monde qu'il découvre. Il ne faut donc pas vouloir aller trop vite en s'encombrant en plus d'un appareil photo.

Avec la pratique, on constate que la stabilité du plongeur est très importante aussi bien pour la réussite d'une photo que pour la protection de la faune. Cet élément ne s'apprend pas dans les livres mais avec l'expérience. Or il n'est pas question, sous prétexte de vouloir réussir une photo, de détériorer la flore ou la faune en y prenant appuie ou en donnant un coup de palme malencontreux.

Une fois la technique suffisante acquise, on peut vouloir ramener et faire partager nos découvertes en prenant des photos ou en filmant. Il existe principalement 2 types de matériel : les appareils compacts et les reflex. L'appareil photo n'est pas un appareil particulier, mais comme le plongeur qui a besoin de son scaphandre, il faut l'équiper pour l'immerger. L'équipement principal est le caisson, cette boite hermétique qui va protéger le boîtier de l'eau. Ensuite on peut lui rajouter d'autres accessoires dont des flashs externes.

ambiance

Crédit photo - Sylvain Billet

Le choix entre compact ou reflex est déterminant. Je pense qu'il faut le faire en ayant clairement en tête le type de photo souhaité. Comme sur terre, un appareil compact permettra de réussir de bonnes photos souvenir, des plans larges et de bonnes macros, tout cela au cours d'une même plongée. le reflex impose de faire un choix, celui de l'objectif que l'on ne pourra pas changer durant la plongée. Un compact peut tenir dans la poche du gilet de stabilisation, on ne le sort que lorsque l'on souhaite faire sortir le petit oiseau. Un reflex est encombrant, sur le bateau il est même gênant. Enfin équiper un reflex pour la plongée coûte horriblement cher et encore plus si on le noie !

Quel matériel utilises-tu pour la photo sous-marine ?

Petit gobie

Crédit photo - Sylvain Billet

 

Après avoir regardé les photos des autres, j'ai cherché à savoir quel type de photos je souhaitais à mon tour réaliser. Un ami m'a permis de tester un appareil compact lors d'un séjour de plongée.

Après avoir pesé longuement le pour et le contre (et surtout le budget) et afin d'obtenir la même qualité que pour mes photos sur terre, le reflex s'est imposé.

J'ai choisi 2 objectifs : un 100mm macro et le 15mm fisheye pour le grand angle. Je possède également un flash et envisage d'en rajouter un 2ème. Le flash est déclenché directement par le boîtier, mais les réglages restent manuels.

 

 

Quelles sont les préparations particulières pour une séance photo sous-marine ?

Avec un reflex, il n'est pas possible de changer d'objectif sous l'eau. Il faut donc bien choisir sa focale en fonction du sujet. Avant de partir pour la plongée, je prépare mon appareil en fonction des sujets que je pense trouver. Pour le gros, les épaves et l'ambiance : le fisheye. Pour le petit : le 100mm. Pour le reste, je fais l'impasse en me rabattant sur un des 2 sujets précédant !

Une plongée se prépare toujours, il y a un briefing avant le départ, mais pour préparer son matériel il faut un peu plus de temps et il est important de se renseigner bien avant ce briefing. Une fois l'objectif choisi, il faut prendre son temps, à terre, pour vérifier les joints du caisson (il ne doit pas y avoir de poussière ou poil/cheveux dessus) avant d'y enfermer l'appareil. La crainte principale du photographe plongeur est de voir son matériel prendre l'eau à cause d'un problème d’étanchéité. bien sûr, avant cela les batteries seront suffisamment chargées et les cartes mémoires vidées sous peine de devoir tout refaire depuis la première étape ou de se promener sous l'eau avec un appareil encombrant et inutile.

Une fois sous l'eau, le photographe n'est pas seul au monde, il fait partie d'une palanquée. Son comportement ne doit pas mettre en danger son binôme ni lui gâcher sa plongée. Il est donc important de plonger avec un binôme qui est dans le même état d'esprit, qui a le même but : faire de la photo et non pas parcourir la plus grande distance possible. Un photographe, s'il veut réussir de belles photos, doit savoir prendre son temps sur son sujet. En plongée, le temps est compté par la réserve d'air que l'on porte sur le dos. Une fois la plongée finie, le binôme de photographes aura vu sûrement moins de choses que les autres palanquées.

Comme tu fais aussi de la photo animalière sur terre, quelles difficultés particulières la photo sous-marine apporte-t-elle en plus ?

La technique de prise de vue sous marine se heurte à de grosses contraintes que l'on ne rencontre que rarement sur terre.

Le premier problème est l'approche de la faune. Si sur terre, il est possible de faire de l’affût, cette technique n'est pas utilisée en plongée. Cependant la faune sous marine se montre volontiers si l'on est suffisamment patient.

Ensuite vient la capacité du plongeur à se stabiliser. l'eau est un milieu très instable. Et à moins de pouvoir s'agenouiller sur le sable, le plongeur se fait ballotter par la houle, et les courants. Ici une excellente maîtrise de sa flottabilité est nécessaire.

Enfin la lumière fait souvent défaut. Outre le manque de lumière, l'eau absorbe progressivement avec la profondeur les couleurs du spectre. Le rouge disparaît en premier et cela dès les premiers mètres. Il est donc souvent nécessaire de rajouter un éclairage artificiel qui est un élément de plus à devoir maîtriser dans ces conditions de prise de vue délicates.

En comparaison d'un compact qui permet de réaliser de bon clichés sous-marins assez facilement, l'utilisation d'un reflex ne laisse pas le droit à l'erreur. Il faudra accepter un temps d'adaptation durant lequel les photos ne seront pas à la hauteur des espérances, voir même moins bonnes qu'avec un compact!

Ton approche de la photo sous-marine

As-tu des sujets préférés ? Ou un sujet que tu aimerais allez prendre en photo ?

Nudibranche

Crédit photo - Sylvain Billet

 

Chaque plongeur a ses sujets de prédilections, le gros (requins), les épaves, ...

Personnellement, je trouve beaucoup d’intérêt dans le petit. Les nudibranches, des limaces sous-marines, sont des sujets aux formes variées et richement colorés.

 

Comme souvent en photo animalière, on est à l’affût d'une espèce que l'on n'a pas encore eu l'occasion d’immortaliser.

Il est donc nécessaire de multiplier les plongées au même endroit afin d'y découvrir une espèce que l'on n'avait pas encore croisé, mais également d'aller tremper ses palmes dans des mers (ou des lacs) différentes.

 

As-tu des spots de plongée sur les quels tu as déjà plongé et que tu as particulièrement aimé ?

La mer rouge est un paradis pour la plongée et pour la photographie sous-marine. Grande biodiversité et une eau chaude particulièrement claire. Ensuite les eaux du sud-est asiatique renferment une faune particulière. Mon prochain voyage me mènera aux Philippines avec au programme requin baleine et petite faune très colorée. Mais il n'est pas nécessaire d'aller aussi loin pour se faire plaisir en photo sous-marine. La Bretagne renferme également des trésors à qui veut bien les chercher.

Tes photos

Tu as une méthode pour classer tes photos après tes plongés ?

Une fois sorti de l'eau et le caisson sec, je transfère mes photos sur un disque dur externe autonome. Une fois de retour de voyage, j'utilise lightroom afin de copier mes fichiers depuis le disque sur le PC. Le programme regroupe automatiquement mes fichiers par date. J'ai donc un répertoire par année qui contient un sous répertoire par jour. Une fois la sélection terminée, je sauvegarde mes images sur un NAS. Pour retrouver plus facilement mes photos, je leur ajoute des mots clés via le logiciel. Il y en a au moins 2 : un pour la localisation, un autre pour l’espèce. Je peux ainsi rapidement sélectionner toutes mes photos d'un sujet donné.

Du fait de l'environnement est-ce que la photo sous-marine amène à retoucher les photos pour corriger les défauts comme la distorsion, la balance des blancs, le manque de lumière, ... ? Et si oui quels logiciels utilise-tu en général ?

La photo animalière tends à montrer la nature telle qu'elle est, les retouches doivent donc être minimes. Cependant les conditions difficiles de prise de vue nécessitent souvent un travail de postproduction.

L'exposition doit régulièrement être ajustée afin de compenser les erreurs de réglage et les fort contrastes que l'on peut rencontrer. Il est assez facile de devoir prendre un sujet blanc sur une roche très sombre, un sujet dans une petite grotte sans lumière, ou au contraire un sujet sur un fond de sable blanc qui réfléchira beaucoup trop la lumière du flash.

L'absorption des couleurs par l'eau nous apporte un souci de fidélité des couleurs. Sans lumière artificielle, tout devient bleuâtre à mesure que l'on descend. Afin de ramener un peu de couleur, il est possible de jouer avec la balance des blancs, mais le résultat est rarement à la hauteur. C'est pourquoi il est important d'apporter de la lumière dès la prise de vue.

Pour toi le format RAW est-il obligatoire et qu'est ce qu'il apporte de plus dans la photo sous-marine ?

Dans ces conditions, disposer de fichiers RAW donne une plus grande souplesse pour obtenir l'image finale. Notamment en laissant une totale liberté concernant la balance des blancs. Ce que le format JPEG ne permet pas.

Enfin un autre problème important en photographie sous-marine est la présence de particules en suspension dans l'eau. Cela ce traduit soit par une eau trouble, où les images deviennent verdâtres sans contraste ni couleur, soit par la présence de petits spots lumineux dus à la réflexion de la lumière du flash. Dans le premier cas, il n'y a pas grand chose à faire à part chercher l'ambiance et l'artistique. Parfois un passage en noir et blanc permet de transformer une photo verdâtre ratée en superbe cliché. Si l'orientation du flash doit permettre d'éviter les spots lumineux, la seule solution pour les faire disparaître reste l'outil de retouche localisé.

 

canon

Crédit photo - Sylvain Billet

Pour réaliser tous ces réglages, lightroom est largement suffisant. La possibilité d'appliquer les mêmes réglages (contraste, balances des blancs,...) à plusieurs images permet de traiter rapidement une série d'images prises dans les mêmes conditions.

Conclusion

Quelques conseils à donner pour des personnes qui aimeraient eux aussi faire de la photo sous-marine ?

En résumé, la photographie sous-marine est une discipline en pleine expansion qui dispose d'un potentiel créatif non exploité.

Mais pour s'y aventurer, il est nécessaire de parfaitement maîtriser l'aspect technique de la plongée afin de conserver les conditions de sécurité obligatoires à cette pratique.

Généralement un plongeur de niveau 2 suffisamment à l'aise sous l'eau pourra débuter la prise de vue. Son matériel sera un compact, si possible muni d'un flash ou au moins d'une lampe très puissante, avec lequel il pourra se rendre compte de la réalité et des fortes contraintes de cette discipline.

Le passage à un reflex ne doit pas être pris à la légère, il s'agit d'une autre pratique. Il sera nécessaire de réaliser un certain nombre de séjours de plongée avant d'obtenir des images d'une qualité seulement équivalente a celle d'un compact !

Si vous êtes plongeur et que vous avez envie de faire partager ces moments, la technologie actuelle vous permet de prendre de belles images facilement.

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à le partager ! 😉

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A propos de

Photographe expérimenté dont la spécialité est la photo animalière, sur terre et en plongée sous-marine.

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